Après la visite de Marrakech, nous avons retraversé l’Atlas en direction d’Agadir. Nous avons d’abord passé deux nuits près du lac Takerkoust, à 40 km au sud de la ville, pour nous reposer. Posés près des eucalyptus dans un endroit semi-désertique très calme. Il y avait « juste » des dizaines de sauterelles géantes aptères (Eugaster) de 6 à 7 cm un peu partout. Elles sortaient à la tombée de la nuit et restaient autour de la voiture… un peu dégoûtant et effrayant au début, mais à la fin on avait presque fini par les apprécier! Aux heures les plus chaudes de la journée, elles montaient se réfugier dans les arbres.


Nous avons traversé l’Atlas occidental en une journée. Nous aurions bien voulu découper l’étape, mais il y avait des travaux titanesques sur plus de 100 km pour élargir la route de montagne. Ils cassaient des pans entiers de montagne avec des marteaux-piqueurs et des bulldozers…assez impressionnant. Du coup, il n’y avait plus vraiment de possibilités de stationner au bord de la route ni de trouver des endroits propices au bivouac. Le soir, nous avons dormi au pied des montagnes, près d’Oulad Berhil, en plein milieu des arganiers (les arbres qui servent à faire de l’huile d’argan).






Les jours suivants, nous sommes passés dans la région du Souss-Massa, au sud d’Agadir, où se trouve la plus grande zone de serres de fruits et légumes du Maroc, surnommée la « mer de plastique », comme en Andalousie, en Espagne. Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter l’intérieur des serres, mais nous nous sommes rendus au plus grand marché de gros de fruits et légumes du Maroc, à Inezgane, à quelques kilomètres d’Agadir. Un marché où transitent de grandes quantités de marchandises qui approvisionnent ensuite les autres marchés du Maroc ainsi que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Sur les routes, nous voyions de nombreux camions chargés à bloc.







Dans cette région, nous avons également pu visiter une coopérative laitière qui collecte le lait de multiples petites fermes (la plupart des éleveurs possèdent moins de dix vaches), ainsi qu’une grande exploitation de plus de 350 vaches laitières, aux standards européens. Nous sommes exceptionnellement restés deux nuits dans un camping, car le bivouac est compliqué et parfois risqué dans cette région très habitée. Ce qui nous a marqués, ce sont les déchets omniprésents en rue. C’est vraiment sale. Nous sommes allés voir la plage de Tifnit… aussitôt arrivés, aussitôt repartis. Il y avait tellement de déchets que cela ne nous a absolument pas donné envie d’y rester. C’est vraiment dommage, d’autant plus pour une zone qui fait partie du parc national de Souss-Massa.


Suite à cela, nous avons passé une journée près de la côte, un peu plus au sud, en direction de Tiznit, mais dans un secteur peu habité. Deux nuits magnifiques dans les dunes, au calme, où nous n’avons croisé strictement personne. Une première expérience de conduite dans le sable pour Vic, sans aucun souci. L’océan Atlantique était à deux pas, mais la côte est formée de falaises de sable qui rendent la baignade impossible. Une petite balade nous a menés jusqu’à de petites cabanes de pêcheurs creusées dans la falaise.



Ensuite, nous nous sommes enfoncés davantage dans les terres, du côté de l’Anti-Atlas occidental, vers Tafraoute. Il s’agit d’une chaîne de montagnes de moyenne altitude située au sud du Haut Atlas. L’Anti-Atlas se trouve dans une zone au climat aride à saharien, où les précipitations sont rares. La végétation y est assez différente de celle de l’Atlas : on y voit notamment beaucoup de cactus ainsi que des oasis ponctuées de grands palmiers.





Ce qui nous a surpris, c’est la présence de nombreuses belles et grandes maisons, alors que je m’attendais plutôt à des zones rurales pauvres, comme dans certaines parties de l’Atlas. Le contraste est frappant entre un paysage qui semble rude et marginal, marqué par les traces d’une agriculture ancienne (avec de multiples terrasses en pierres sèches aujourd’hui abandonnées) et des villages parfois étonnamment bien bâtis, apparemment grâce à l’argent des familles émigrées en Europe ou dans d’autres régions plus prospères. Certains de ces villages sont presque « fantôme”, les gens n’y habitent qu’une partie de l’année.

Après avoir dormi sur un point de vue très calme, nous nous sommes dirigés vers Tafraoute, où le paysage est parsemé de superbes blocs de granite rose. Nous nous sommes promenés aux « Pierres Bleues », une œuvre d’art en pleine nature où un artiste a peint, dans les années 1980, de gros rochers en bleu et en d’autres couleurs. Très particulier, mais agréable à arpenter.



Quelques dizaines de kilomètres plus loin, nous nous sommes enfoncés dans un spectaculaire canyon entaillé dans des roches sédimentaires très anciennes et qui arrive au petit village isolé d’Aoukerda. Malheureusement, la route et une partie du canyon ont été ravagées en 2024 par de terribles inondations. Le soir, nous avons dormi sur un spot de rêve, dans un paysage lunaire à l’écart de toute civilisation, avec pour seuls compagnons les étoiles, particulièrement visibles dans un ciel dépourvu de pollution lumineuse. Le lendemain, on a à nouveau sillonné de profondes gorges et traversé des villages à l’allure de petits oasis entre Aoukerda et Talmazighte. Des paysages impressionnants, mais malheureusement les inondations dévastatrices de 2024 ont laissé des stigmates permanents.







Par la suite, on descendra vers le sud en direction de Guelmim. En quelques kilomètres les paysages vont drastiquement changer: nous empruntons une longue route traverse un désert rocailleux plat avec quelques reliefs au loin. La suite dans le prochain article.
