Premiers kilomètres dans le Sahara occidental
En descendant vers le sud du Maroc, nous arrivons dans la région du Sahara occidental. Administrativement, cette région fait partie du Maroc, mais le territoire est contesté. Il a par le passé appartenu à l’Espagne, et certaines personnes nées pendant cette période savent toujours parler espagnol, qui est plus parlé que le français. Les Marocains insistent pour qu’on appelle la région « les provinces du Sud » et non pas « Sahara occidental » pour éviter toute confusion d’indépendance, alors qu’on a remarqué que les habitants de la région se revendiquent davantage sahraouis. La présence policière marocaine est très importante. Il y a d’ailleurs des checkpoints réguliers sur la N1, qui est l’autoroute du Sahara et qui longe la côte jusqu’à la frontière avec la Mauritanie. Les policiers contrôlent nos passeports et posent quelques questions, puis nous laissent simplement continuer notre route.

Le Sahara est convoité notamment pour les mines de phosphate, qui sont une de ses grandes richesses. Le Maroc et le Sahara occidental réunis détiennent environ 70 % des réserves mondiales de phosphate, un minerai essentiel à la fabrication des engrais. On est passés devant des convoyeurs qui transportent le phosphate sur des centaines de kilomètres depuis le désert jusqu’aux ports de l’océan Atlantique. C’est assez impressionnant.

Autres changements : le prix des carburants (10,5 dirhams/L de diesel, c.-à-d. 1 €/L), car les taxes y sont plus faibles, et l’attitude des gens. Autant dans le nord et le centre du Maroc, on se sentait un peu oppressés, et il était courant que les gens (surtout les enfants) nous accostent pour nous demander de l’argent, nous demander d’être leur guide ou proposer tout autre service de manière insistante (insidieusement contre de l’argent), alors qu’ici on nous laisse vivre notre petite vie sans nous embêter ni nous regarder de travers. Les gens sont plus chill. Globalement, on s’y sent mieux
À quoi ressemble vraiment la traversée du Sahara ?
Dans l’imaginaire collectif, la traversée du Sahara, c’est la traversée de grandes dunes de sable dorées pendant des jours dans un climat où il fait 50 degrés et où on risque de mourir de soif à tout moment. En réalité, une grande partie du Sahara est simplement toute plate (paysage de sable et de cailloux parsemé de petits buissons du désert), et les dunes ne sont pas majoritaires. La majorité des gens qui le traversent empruntent simplement la N1, une route qui longe la côte. Assez classique, mis à part les dromadaires qu’on peut observer de temps à autre et de rares dunes de sable qui envahissent le tarmac et qu’un bulldozer doit venir repousser. La température y est plus rarement suffocante le long de cette route comparé à l’intérieur des terres, même en été, du fait de la régulation thermique de l’océan, et le vent qui souffle souvent très fort brasse l’air. On a eu entre ~25 et 37 degrés tout le long de la traversée au mois de juillet. Plus loin de la mer, dans les terres, il faisait 40 à 50 degrés à la mi-juillet.

Une tempête de sable et une rencontre avec des Sahraouis
En parlant de vent, en arrivant à Laâyoune, on a été confrontés à une tempête de sable. Heureusement, on était en ville pour visiter un éleveur sahraoui de dromadaires, Moulay, qui nous a très gentiment logés dans l’une de ses maisons pendant quelques jours, le temps que ça se calme. On devait aller voir leur troupeau de dromadaires dans le désert, mais le sable rendait la visibilité impossible à quelques mètres. On a donc patienté quelques jours.

La famille de Moulay était très sympathique. Ils nous ont invités à manger et à boire du thé comme si nous faisions partie de la famille. On a pu goûter le lait de dromadaire et la viande, découvrir la graisse de bosse (pommade pour les rhumatismes). Ils nous ont aussi offert les tenues traditionnelles sahariennes (Darâa pour Vic et Melhfa pour Pauline), un beau souvenir ! La fille aînée de Moulay, Hind, nous a aidés à communiquer et à traduire l’arabe, car elle parle bien français et anglais, des langues qu’elle a apprises à l’université.

À la découverte d’un troupeau de 170 dromadaires
Quand la tempête a faibli, Moulay nous a emmenés à 80 km (3 h de route) de Laâyoune pour voir son superbe troupeau de 170 dromadaires. Il a pris les commandes de notre voiture, car il connaît bien l’état de la (très mauvaise) route et des pistes. Vic a dû s’asseoir sur la console centrale pour avoir trois places, mais ça l’a fait ! On passe près des carrières de phosphate et des checkpoints de police où Moulay « négocie » pour nous faire passer sans trop de questions. Les règles de sécurité routière sont très basiques ici : ne pas mettre sa ceinture et ne pas être assis sur un vrai siège, pour Vic, ça ne pose visiblement aucun souci aux policiers.

Après une route un peu chaotique, on arrive sur le camp où logent les deux bergers mauritaniens qui s’occupent du grand troupeau. Une superbe expérience et l’occasion d’en apprendre plus sur l’élevage de ces animaux, rois du désert. Les dromadaires sont un héritage important pour les habitants. Ce sont des animaux parfaitement adaptés au milieu désertique, qui peuvent rester des mois sans boire et marcher plus de 50 km par jour pour s’alimenter des rares plantes du désert. Ils constituent une source de nourriture et un capital sur pied important pour les locaux. Ils aimeraient moderniser l’activité pour la rentabiliser et la pérenniser pour les générations futures. Plus d’informations dans cet article dédié. Vic a pu traire une chamelle à la main et on a goûté le lait encore chaud à la manière des Sahraouis.






Direction Dakhla
Après cet accueil plus que chaleureux par la famille de Moulay, que nous n’oublierons jamais, nous reprenons la route vers le sud en direction de Dakhla. On découpe l’itinéraire en deux fois et on dort dans le désert en s’écartant de la N1, dans les terres. On a fait l’erreur de remplir la cuve de la voiture avec de l’eau de Laâyoune… qui est super salée (les minéraux ne sont pas filtrés par notre système de purification de l’eau). C’est apparemment de l’eau de puits avec des infiltrations d’eau de mer et des teneurs trop importantes en phosphate, fluor, autres minéraux et nitrates… C’est donc la première fois qu’on achètera de l’eau en bouteille, plus sûre.Nous sommes restés plusieurs jours à Dakhla. Ce n’était pas trop prévu au départ, mais on a décidé d’aller chez un artisan local pour fabriquer une moustiquaire solide à accrocher à notre auvent de 4×4 (qui nous sera utile dans les régions tropicales par la suite), et d’entamer les démarches pour le passage en Mauritanie.


Quelques jours à Dakhla
Les deux premières nuits, on est restés en dehors de la ville, à la plage près de la lagune. L’endroit est magnifique, mais une fois de plus, quel vent de fou (plus que pénible) !! On avait d’abord été à dune Blanche qui est un bel endroit connu pour une dune qui se retrouve au milieu dd la mer quand la marée monte, mais le vent insupportable nous a empêché d’y rester pour la nuit. Pour s’abriter, on a décidé, une des nuits, de se cacher derrière un hôtel abandonné et de profiter d’un de ses bâtiments pour cuisiner en paix sans littéralement bouffer du sable.

Dakhla est « la Mecque » du kitesurf grâce à sa lagune aux eaux calmes, peu profondes et aux vents forts. Le tourisme est centré autour du kitesurf et il y a de beaux hôtels en bord de mer pour les sportifs venant de l’étranger. On peut aussi y faire du surf côté océan. Vic a d’ailleurs loué une planche de surf pour un peu tester l’affaire ! Pas évident, mais il s’est bien amusé pour cette première fois.

Les trois derniers jours, nous avons pu garer notre voiture dans un ranch-refuge pour animaux créé par une Américaine très sympathique, en échange d’une petite aide avec les animaux. Concrètement, on a surtout tenu compagnie aux chiens, tenté de dresser les trois adorables dromadaires et apporté quelques conseils pour les rations des animaux (chèvres, ânes, dromadaires, chiens). Jamal, en charge de fabriquer notre moustiquaire, est aussi un surfeur passionné. On a discuté, bu du thé, mangé du couscous ensemble. Un chouette gars, très sympa.




On est aussi allés manger dans un petit resto local qui fait des plats typiques marocains, dans une petite rue derrière les artères principales, loin des nombreux restos pour touristes de la ville. D’habitude, on va peu au resto pour une question de coût, mais de temps en temps ça fait du bien et c’est chouette pour découvrir la gastronomie locale !
Cap sur la Mauritanie
Après tout ça, on a continué la route en direction de la frontière avec la Mauritanie. Un dernier bivouac très sympa près d’une grosse dune, puis un passage de frontière plutôt chaotique où il a fallu être très patients… la suite dans le prochain article.


