Fin septembre 2026, nous avons décidé en dernière minute de traverser la Guinée-Bissau pour nous rendre à l’ambassade de la République de Guinée afin de débloquer notre visa. Un petit pays aux airs de mini-Brésil, qu’on a finalement apprécié pour sa culture contrastant avec celle de son voisin le Sénégal. Le passage de frontière depuis le Sénégal et quelques infos pratiques (argent, carte SIM, etc.) sont à lire ici.

La Guinée-Bissau est un des pays les plus pauvres du monde, où plus de 80 % de la population vit de l’agriculture (riz, noix de cajou, pêche, etc.). C’est une ancienne colonie portugaise. Le portugais y est donc une langue officielle et la culture y est un peu plus « latino ». Ce qui nous a marqués très vite, c’est l’importance de la musique. Plus étonnant, peu importe où on dormait, on entendait résonner de la musique digne d’une grosse discothèque toute la nuit, en provenance des villages, même parfois à quelques kilomètres. Une fois, on a dormi dans un village, chez Mr. Zepedro qui tient un petit bar et qui est habitué à recevoir des voyageurs. Dès la tombée de la nuit, tous les gens du village sortent sur la rue principale et le terrain d’en face s’est transformé en boîte de nuit avec de la musique électronique jusqu’au petit matin. Étrangement, c’est comme ça tous les jours, et les gens aux alentours arrivent à dormir malgré le bruit. Bref, ça nous a fait rire ! L’alcool est aussi très présent (certains boivent dès le matin). Beaucoup sont chrétiens et donc ils peuvent boire, il n’y avait pas ce problème dans les pays musulmans… On voit aussi des cochons en liberté à proximité des villages, qu’on a très rarement aperçus auparavant, donc.


Djegue (frontière) à la capitale Bissau
Une bonne partie du trajet sur la N2 se fait sur une vieille route en asphalte qui n’a visiblement pas été fort entretenue et qui est donc pleine d’énormes trous profonds. C’est vraiment très cassant en voiture et l’avancée est lente et pénible. Par moments, on roule sur une piste de terre à côté de la vraie route, car c’est plus roulant (franchement, ils auraient dû laisser des pistes en terre partout… À quoi bon mettre du macadam si c’est pour finir dans un état quasi impraticable !).
Juste avant São Vicente, il faut payer une petite taxe (500 CFA) pour passer le pont du Rio Cacheu. Un peu plus loin, un même petit poste de péage se trouve juste avant le pont du Rio Mansoa (500 CFA).

À l’approche de Bissau, la route devient une superbe route rapide en asphalte sans trous et très roulante.
Les paysages traversés sont majoritairement des forêts, notamment énormément de noix de cajou, des rizières dans les zones plus humides, et des villages avec des maisons en dur et aux toits de tôle. Les gens nous font signe sur notre passage (ici, les femmes sont moins réservées et font signe spontanément, un comportement peu rencontré précédemment), et évidemment les enfants crient « blanco, blanco !! » de manière un peu hystérique.
Dans les pays précédents, le mot pour signaler les Blancs, c’était « toubab ». Passé un certain âge, ils arrêtent de crier comme ça en voyant des Blancs. Un comportement qui nous agace de plus en plus, car ça ne nous quitte plus trop depuis le Maroc, en plus des gens qui nous demandent de l’argent à tout va (certains viennent te dire bonjour comme si c’était pour sympathiser, mais c’est en fait juste pour te dire « donne-moi argent » 3 secondes après…). Cette vision des Blancs dans beaucoup de pays d’Afrique nous met un peu mal à l’aise. Mais au-delà de ce détail (qui n’est pas propre à la Guinée-Bissau), les locaux rencontrés en route sont majoritairement très sympathiques quand vous respectez les salutations et règles de politesse d’usage.


Bissau
Nous avons passé environ 15 jours au centre-ville de Bissau pendant l’attente de notre visa pour la République de Guinée. Nous avons dû nous rendre plusieurs fois à l’ambassade pour insister un peu pour le visa de Vic (le mien avait déjà été accepté après 30 jours). Depuis la règle des 45 jours d’attente pour les ressortissants de l’UE, c’est plus compliqué d’avoir le visa et l’attente dépasse parfois largement les 45 jours. Finalement, l’ambassade a fini par nous délivrer le visa en insistant auprès du ministère (peut-être pour se débarrasser de nous ?).
Bissau est une petite capitale et la circulation y est plutôt facile comparée à celle d’autres grandes villes comme Dakar, par exemple. Le centre-ville est vraiment joli, pas trop bondé, et on s’y sent bien directement. Les routes ont récemment été asphaltées et les trottoirs aménagés ; apparemment, il y a quelques années, c’était toujours de la terre partout. On y voit de nombreux anciens bâtiments coloniaux dont certains sont encore bien entretenus. Il y a aussi une jolie et propre cathédrale, un fort militaire (celui-ci n’est pas ouvert au public cependant), et une jolie place en face du palais présidentiel.





On voit en ville les nombreux taxis bleus et minibus bleu et jaune Mercedes, qui sont assez iconiques.

Nous avons fait du bénévolat (Workaway) à l’auberge Gorilla. En échange de quelques heures par jour à la réception et de cours de français pour les employés, nous avons été logés gratuitement en dortoir. On a testé quelques restaurants sympas en ville. On peut notamment y boire des bières ou jus de fruits portugais comme la Sagres ou le Sumol ou manger des pastéis de nata, un dessert phare portugais. Il y a encore beaucoup d’échanges commerciaux avec le Portugal, dont de nombreux produits sont en vente dans les épiceries de rue.
Nous avons aussi fait un tour au marché de Bandin pour chercher une pièce pour la voiture (un fusible faible aménagé, qu’on a finalement trouvé dans un magasin de pêche près du port). Une vraie fourmilière, ce marché, avec des rues étroites et plein de petites échoppes toutes entassées, et une foule dense. Impressionnant.
Prabis
Pendant l’attente du visa, on s’est aussi rendus 2 jours du côté de Prabis, à une vingtaine de kilomètres de la capitale. Il y avait jadis une plage (Praia de Surro), mais elle a été remplacée par une usine chinoise de farine de poisson (la Chine dispose d’autorisations de pêche dans de nombreux pays en Afrique, notamment en échange de constructions de routes). L’itinéraire pour y aller est sympa, on passe par des petits villages puis une piste de sable dans des zones où pâturent les bovins et où se trouvent des rizières, pour ensuite traverser une mangrove à l’approche de la mer. Au bout, on s’est donc retrouvés près de l’usine chinoise (dont nous n’avions pas connaissance avant)… Avec l’autorisation du garde, on s’est garés 2 jours sur un de leurs terrains en dur face à la mer… et aussi drôle que cela puisse paraître, ça a été un de nos meilleurs spots du voyage jusqu’à maintenant ! Un endroit sans personne, car l’usine était temporairement fermée, au calme, avec une vue sur mer, sans moustiques (un grand luxe pour moi qui n’en peux plus de ces fichus moustiques tropicaux !!!), et avec une brise de mer qui nous aidait à supporter la chaleur. Ce sont parfois ce genre d’endroits un peu hasardeux qui font les meilleurs spots.



Bissau à Buruntuma (frontière avec la République de Guinée)
Une fois nos visas en poche, on était bien contents de reprendre la route vers la Guinée. La nationale N1 est comme la N2 sur une bonne partie : une route en asphalte toute défoncée et très pénible, et puis elle se transforme en piste de terre plus roulante à l’approche de la frontière. Les paysages sont similaires : des forêts de cajou, des rizières, des villages. On commence à voir de nombreuses petites huttes aux toits de paille. Nous avons passé une nuit sous les anacardiers (les arbres à cajou) et une nuit juste avant la frontière dans une sorte de savane humide. On y voyait des motos faire des allers-retours en Guinée pour ramener des bidons de carburant ou des chèvres qu’ils transportaient par 4 ou 5 dans des paniers. On a dû se garer près de la route, car le terrain était trop humide en octobre pour s’y aventurer plus loin. Ce n’est pas l’idéal, car on ne ferme pas très bien l’œil de la nuit (les gens ont tendance à être actifs même au milieu de la nuit), mais tout s’est bien passé.



Un bon point pour la Guinée-Bissau est que nous avons rarement été arrêtés par la police et nous n’avons pas senti de corruption ni à la frontière, ni en route. Une fois, la police nous a demandé notre preuve d’assurance et on ne trouvait plus le PDF sur notre téléphone… Ils nous ont simplement laissé partir après quelques minutes sans plus d’ennuis (si c’était si simple ailleurs ?).
Passage de frontière avec la Guinée Conakry
Toutes les infos sur le passage de frontière et les premiers pas en Guinée se trouvent dans cet article.
